Tous Super-héros

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Résumé

Sans s’en rendre compte, nous affirmons parfois des idées toutes faites qui peuvent blesser une copine ou un copain. Ce matin-là, dans sa classe, c’est ce que va faire Hugo vis-à-vis de sa  voisine, Mila. Heureusement, leur maîtresse Elisabeth veille…

Tous Super-héros est une bande dessinée ludique qui invite les enfants comme les grands à devenir des défenseurs de l’égalité et de la solidarité… Elle a été imaginée par Lilian Thuram, champion du monde de football en 1998 et d’Europe en 2000, avec la complicité de scénariste Jean-Christophe Camus et du dessinateur Benjamin Chaud.

 

Mon avis

A l’heure du blackface, du « bamboula ça reste encore convenable », du « singe le plus cool de la jungle », du déferlement de haine que subissent les Miss France noires, le couple Arianne Brodier et son compagnon Fulgence Ouedraogo et j’en passe, j’ai souhaité commencer cette nouvelle année sous le signe de la tolérance, de l’acceptation de l’autre mais aussi et surtout de l’acceptation de soi…

Ceux qui me suivent savent que je suis fan du travail de Lilian Thuram. J’ai déjà écrit un article sur sa BD pour ado et adultes, Notre Histoire et aujourd’hui je vais vous parler de sa BD pour enfant, Tous Super-Héros.

Pour amener le sujet du racisme, faire comprendre aux enfants de quoi il s’agit et en quoi c’est mal et injuste, Lilian Thuram a imaginé un jeu, mis en place par la maîtresse dans la BD. Lors de ce jeu, la maîtresse instaure volontairement des règles discriminatoires en fonction de critères totalement absurdes choisis au hasard. Le but : faire réfléchir les enfants sur l’injustice et les tensions que créent ces règles et les inciter à les dénoncer.

J’ai trouvé très astucieuse cette manière d’aborder le sujet car si on se contente de parler de racisme,  notre interlocuteur peut ne pas comprendre. Lorsqu’on illustre le racisme en mettant en évidence ses effets : injustice, sectarisme, rejet, haine, violence entre des personnes qui d’un côté se croient supérieures en raison des droits qui leur sont accordés et de l’autre, des personnes lésées et affaiblies dans leurs droits,… il est plus facile de faire comprendre le racisme (à qui veut bien entendre et comprendre).

Heureusement, comme dans la plupart des livres pour enfant, l’histoire se termine bien mais je ne vais pas tout dévoiler. Je vous laisse découvrir la suite. ^^

 

Pour quel public ? Enfant à partir de 6 ans (selon moi), ados et adultes
 
Où ai-je trouvé ce livre ? Disponible partout : internet, librairie…
 
Je vous conseille aussi : Notre Histoire Tome 1 et 2 de Lilian Thuram
 

Scenario : Lilian Thuram et  Jean-Christophe Camus
 
Illustrateur :  Benjamin Chaud
 
Editeur : Delcourt
 
Prix : 9,95€

Néanmoins, je vais revenir quelques minutes sur toutes ces agressions émotionnelles citées plus haut : blackface and Co.

En cette fin d’année 2017 et ce début d’année 2018, nous avons assisté à une déferlante de ces agressions. Et pire que ces agressions, nous, personnes noires, avons eu à encaisser, en plus, la négation absolue de notre droit à s’offusquer, à être blessés, à dénoncer. Notre seul droit a été de s’entendre imposer ce qui est raciste et ce qui ne l’est pas, ce qui est blessant et ce qui ne l’est pas, la manière dont on devrait réagir ou pas…

Moi ça m’a blessée… Non pas parce que je ne sais pas que je ne suis pas un singe mais parce que mon fils lui, ne s’est pas encore construit et qu’une insulte, une moquerie dans la cour de récré ça peut vous détruire un enfant. Mon fils n’a pas à subir ce genre de violence. Pas plus qu’un autre, et pourtant… Voici, ci-dessous, ce que cela m’a inspiré…

As long as my son can see and hear bullshit like that…

(tant que mon fils verra et entendra des merdes pareilles…)

La différence entre mon fils noir et un petit garçon blanc…

A l’heure actuelle, voici ce dans quoi grandit mon fils : blackface, bal nègre, bar dénommé la plantation, bamboula ça reste convenable, violences policières, kirikou, Michel Leb, discrimination,  le singe le plus cool de la jungle, racisme, négation de la discrimination, négation du racisme, insultes, bananes, des « retourne dans ton pays », comparaison à des singes, comparaison à des singes dans des expo photos, esclavage, ESCLAVAGE !!!!!! En 2017 !!! tortures sur le corps noir, des corps noirs qui flottent dans la Méditerranée…

Je pourrais continuer longtemps…

Héritage de papa et maman puisque papa et maman sont noirs. Quel héritage hein ! Ce n’est pas le genre d’environnement dont on rêve pour son enfant lorsqu’on le porte en soi.

Non. En fait rien de plus simple et naturel, on rêve que sa vie soit aussi simple que celle d’un petit garçon blanc:

Ne pas se poser de question sur sa couleur de peau, jouer, rire, courir, sauter, danser.
Ne pas avoir maman qui lui lit des livres sur le racisme, sur l’origine de sa couleur de peau, sur l’esclavage et qui lui dit que vu que ça revient au goût (sanglant) du jour, il faut faire attention à ne laisser personne lui dire qu’il est un esclave. Ne pas avoir maman sur le dos qui cherche avec lui une manière intelligente de contrecarrer un camarade qui viendrait le traiter de sale noir, de kirikou ou de bamboula.

La différence entre mon fils et un petit garçon blanc est qu’il ne peut pas grandir de manière insouciante. Un petit garçon blanc ne subit pas le huitième de cette violence visuelle, verbale et émotionnelle à son encontre. Violence émotionnelle, oui, voilà le terme.
Bien sûr, n’importe quel enfant peut subir des violences, des discriminations, des agressions mais rares sont ceux qui les subiront en raison de croyances que la société a à leur sujet en les considérant en tant que masse et non en tant qu’individu unique et isolé. Bien évidemment cela s’applique à d’autres groupes racisés ou à d’autres groupes marginalisés comme les homosexuels. Mais qui, plus que les noirs, subit autant de violences de toutes sortes à travers tout ce putain de globe et depuis tant de temps ???

Mon fils ne se rend compte de rien pour l’instant Dieu merci (enfin je pense). Mais ça ne saurait tarder. Mon neveu de 13 ans est parfaitement au fait de l’esclavage en Libye, du blackface de Griezmann, du racisme en général. 13 ans… il ne reste donc plus que 4 à 5 ans d’innocence et d’insouciance à mon garçon, mes entrailles…

Alors on pourra dire ce qu’on veut, mais tant que mon fils sera susceptible de voir et d’entendre des merdes pareilles, je continuerai de dénoncer ces conneries et de me battre pour gonfler toujours plus fort l’estime de soi des enfants noirs. Mon engagement communautaire est ma barrière de protection contre toutes ces agressions émotionnelles et mentales. J’ai BESOIN d’élever la cause noire dans mon esprit pour contrecarrer tous ceux et celles qui essaient de me faire croire que nous ne sommes rien.

Tant que les lionceaux ne sont pas en âge de se défendre seuls, la lionne est redoutable.

#JeSuisUneLionnePourMonFils
#MesEntrailles

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