Se découvrir haut potentiel (et bien d’autres choses) à 37 ans

Crédit photo : Violette Tannenbaum (merci pour cette magnifique photo !) Aussi, si vous souhaitez écouter mon interview dans le podcast de Violette, The Black Lemonade Podcast, c’est par ici !

Introduction.

Nous sommes le 27 décembre 2019. J’ai débuté cet article le 12 septembre 2019, ne pouvant me résoudre à le terminer et surtout à le publier. Peur. Peur d’être critiquée, jugée, rejetée. Peur de me mettre encore un peu plus à nue et exposer ce qui peut représenter une fragilité. Mais aujourd’hui c’est chose faite parce que ça y est ! Je n’ai que faire de ce que l’on pensera et dira de cet article. I am just speaking my truth (« Je dis juste ma vérité »). Et puis c’est mon blog, et puis c’est ma vie et puis j’ai envie de partager cela avec vous, en tous les cas avec ceux qui seront intéressés de lire cet article et encore plus avec ceux que cela pourrait aider.

Dès qu’on entend parler de haut potentiel, on entend souvent quelqu’un dire « Ah ! C’est à la mode ce truc maintenant. Tout le monde est haut potentiel ». Merci à ma formation de coaching qui m’a appris à prendre du recul par rapport à ce que les gens disent car 1/ ils ont leur propre carte du monde et c’est ok, 2/ ce qu’ils disent parle de leur vérité, pas de moi (pour l’avoir expérimenté, je sais que c’est vrai), 3/ si ce que je dis, ce que je fais, qui je suis peut déranger certaines personnes, je peux inspirer et être utile à tellement d’autres que je me refuse de rester silencieuse et 4/ je suis libre et légitime d’être, de faire et de penser et à partir de là… tout est ok.

Les soupçons et le test.

Depuis un an et demi que j’ai quitté mon travail, je me suis formée au coaching et à d’autres disciplines comme la PNL, la process comm, le predom et j’ai également participé à des ateliers permettant de mieux se connaître type MBTI. J’apprends à me connaître chaque fois un peu plus, chaque fois un peu mieux et par voie de conséquence à mieux me comprendre et m’aimer toujours plus… et à accepter ma personnalité, mon caractère.

En juillet 2019, lors de ma formation en psychopédagogie positive, j’ai rencontré un homme haut potentiel. En le côtoyant durant ce mois et en l’écoutant parler de certains aspects de sa personnalité de haut potentiel, j’ai cru me reconnaître. J’ai décidé d’en discuter avec lui. Plus nous discutions et plus, j’avais des soupçons. Fin août 2019, j’ai donc décidé de passer le test WAIS IV avec une psychologue… Le test et les entretiens avec la psy ont mis à jour mon profil de haut potentiel. Ma première réaction malgré mes soupçons : j’ai été très chamboulée. Chamboulée parce que même si j’avais des soupçons en allant faire le test, bien digérer le résultat n’était pas si évident. Pourquoi ? Et bien parce qu’il est dit beaucoup de choses sur les hauts potentiels, la douance, les test de QI, le vécu de ces personnes et je n’arrivais pas à me situer, à comprendre ce que cela signifiait pour moi et surtout, cela était dissonant par rapport à l’idée que je me faisais de ces personnes appelées HP, surdouées, HPE, HPI…

Avant de côtoyer cette personne en juillet et que cela éveille mes soupçons, je ne savais pas vraiment ce que c’était qu’être « haut potentiel ». Je confondais avec surdoué et de ce fait, pour moi c’était clair dans ma tête : les surdoués sont brillants partout, forts intellectuellement, impressionnants, ont un parcours exceptionnel etc etc etc. Sauf que j’ai appris que pas forcément. Beaucoup de personnes haut potentiel et/ou surdouées sont en échec scolaire, ont une vie sociale compliquée et sont sujets à des problématiques telles que l’anxiété, la dépression. Donc, mes connaissances sur le sujet et mon avis étaient biaisés car mon parcours n’a rien d’exceptionnel et je n’ai pas non plus été ni en échec scolaire ni en grande difficulté sociale avec les autres. En revanche, j’ai été une enfant et une adolescente sensible à la vie sans que, je pense, jamais personne ne s’en rende compte. Toujours très bonne pour m’adapter (c’était le début du faux-self). Je me demande tout de même si ma mère n’avait pas des soupçons de ce tourment intérieur car même aujourd’hui, adulte, il lui arrive de me dire « On aurait dit que tu es perdue » (je le prends avec beaucoup de bienveillance, pas d’inquiétude).

Je pense que par « perdue », elle entend cette enfant, cette adolescente et cette adulte qui se pose toujours mille questions sur des sujets qui la dépassent tant et si bien qu’elle peut en être très triste. Cette enfant, adolescente et adulte qui remet toujours tout en question, ne se contente d’aucune réponse car elles amènent toujours plus de questions. Cette enfant, adolescente, adulte qui ne veut pas faire comme tout le monde et qui donc, fait différemment de ce que la famille a toujours eu l’habitude de faire. « Oui, mais c’est pas parce qu’on a toujours fait comme ça qu’il faut continuer / que c’est la bonne manière de faire » est une réponse que j’opposais souvent à la maison ou au travail.

La découverte des aspects psycho-affectifs, émotionnels, sensoriels et relationnels.

Suite à ce bilan et aux lectures dont je me suis aidée pour mieux comprendre et m’approprier ces informations, j’ai pris connaissance des aspects psycho-affectifs et sensoriels des personnes haut potentiel et/ou surdouées. Et c’est vraiment cela qui m’a frappée tellement je m’y suis reconnue (plus que pour l’aspect « intelligence différente » (et non supérieure d’ailleurs)). J’en ai même pleuré : « Je ne suis pas folle ! » me suis-je exclamée, « il y a bien une explication à tout ce que j’ai toujours ressenti ! »

  • « J’ai le droit d’être comme je suis !
  • J’ai le droit d’être hypersensible !
  • J’ai le droit de ruminer pendant des heures et des heures et que cela me créer des angoisses !
  • J’en ai le droit parce que je ne le fais pas exprès !
  • Non, je ne suis pas : folle, fragile, trop prise de tête, trop émotive, trop compliquée, trop ceci, trop cela ! Je suis normale à ma façon parce que j’ai le droit d’être tout cela ! »

J’ai pleuré puis j’ai retrouvé mes esprits.

Les aspects psycho-affectifs, émotionnels, sensoriels dont j’ai pris connaissance sont les suivants (en vrac) : une…

  • …hypersensibilité…
  • …hyperémotivité…
  • …réceptivité affective…
  • …hyperesthésie… (perception des cinq sens) (merci au casque Bose de me protéger du bruit, merci à la fonction « night shift » des téléphones de me protéger de cette luminosité qui est agressive pour moi, merci à mon fils de respecter mon besoin quand je lui dis qu’il y a trop de bruit ou que mon cerveau est plein).
  • clairvoyance (lucidité sur le monde)

dont l’ampleur et l’intensité envahissent le champ de la pensée. C’est avoir l’émotion au bord des lèvres, toujours, et la pensée aux frontières de l’infini, tout le temps.

Source : « Trop intelligents pour être heureux » de Jeanne Siaud-Facchin

Être haut potentiel, dans mon cas se traduit par :

  • ne pas oser dire quand ça va pas,
  • avoir peur de saouler les autres avec mon trop plein d’émotions agréables ou désagréables, ma « fragilité » comme certains aiment à dire
  • c’est avoir parfois envie de pleurer sans raison ou alors parce que j’ai eu plein de raisons de le faire avant et que je me suis retenue.

Je ne m’étais jamais posée la question avant. Je me trouvais intéressée par plein de choses, voulant bien mener ma barque, mais c’est tout. Chaque fois que l’on me faisait un compliment me disant que je saisissais vite, que j’étais pertinente, brillante même, je le minimisais car selon moi, ou bien je ne trouvais pas cela vrai, ou bien je trouvais que ça n’avait rien d’exceptionnel : « tout le monde fait ça, tout le monde peut faire ça, c’est accessible à tout le monde, y a beaucoup de gens qui font bien mieux que ça » étaient les réflexions qui me venaient.

Ce que j’ai compris aussi, c’est que haut potentiel ce n’est pas tout à fait comme surdoué. Pour certaines personnes, ça l’est – les écrits diffèrent beaucoup sur ce sujet – mais moi, ça me convient bien comme cela car clairement je sais en revanche que je ne suis pas surdouée. Douée peut-être, comme beaucoup de monde, haut potentiel sûrement car le bilan que j’ai passé en a attesté, mais pas surdouée. Mon QI total ne dépasse pas 130 car j’ai un profil dit hétérogène. C’est-à-dire des résultats du test au dessus de 130 et d’autres, plus bas que 130. J’ai mis du temps à comprendre que ça ne remettait pas en question le profil de haut potentiel.

Le mythe sur les surdoués laisse beaucoup de personnes dans l’errance. Si j’avais su qu’être surdoué/ HP ce n’était pas forcément faire des calculs mentaux improbables, répondre vite et tout le temps juste sur tout, sauter des classes, puis faire Science Po et HEC… Si aussi on parlait un peu plus des surdoués / HP qui ne sont pas en grande difficulté scolaire et sociale, cela permettrait à plus de personnes de se reconnaître et donc, si elles le souhaitent, à faire les démarches vers une meilleure connaissance et compréhension de soi.

Surdoué, Haut Potentiel… Si j’avais dû inventer un terme moi, j’aurais dit « surchauffé mentalement ». Parce que c’est ce que je ressens. Je ne me sens pas « plus » douée, « plus » efficiente, précoce, ayant un meilleur potentiel. Je me sens en surchauffe mentale. D’ailleurs, les psychologues s’accordent à dire que ces profils ont une intelligence qui fonctionne différemment et non une intelligence supérieure. Fausse modestie dirons certain.e.s. Croyez-moi, ça n’en est pas. Ce type de personnalité doute beaucoup de lui.

Les questionnements que cela a suscité. Les ressources qui m’ont aidée.

Si j’avais connu tous les éléments psycho-affectifs, émotionnels, sensoriels et relationnels de cet état d’être… peut-être alors je me serais posée la question bien avant car c’est ce qui m’a interpelée en ce mois de juillet 2019 lors de ma rencontre avec Anthony, professeur des écoles, éducateurs spécialisés et haut potentiel. Lorsque j’ai remarqué que je me retrouvais dans certains comportements d’Anthony, certains de ses dires ou façons de penser « A quoi reconnait-on une personne haut potentiel ? » lui ai-je demandé. Il m’a cité quelques petites choses qui m’ont interpellée. Puis il m’a suggéré d’aller voir le blog Les tribulations d’un petit zèbre. Ce que j’ai fait. J’étais dans le métro lorsque j’ai commencé à lire quelques lignes. Et d’un coup, le vertige ! Je ne me sentais pas bien. « Oui, je me reconnais bien là ! » et ce fut la panique et la déferlante d’interrogations « Je vais me prendre encore plus la tête qu’avant ! Qu’est-ce que ça implique ? Est-ce que vraiment je suis concernée ? Mais je suis pas surdouée ! C’est pas moi ! Ah si, là c’est bien moi ! Est-ce que je vais passer le test ? Et si en fait, je ne le suis pas ? Et si en fait je le suis ? Ben si je le suis, on n’aurait pas dit ! Y a bien plus intelligent et bien plus doué que moi. Rien d’exceptionnel dans ce que je fais. » etc etc etc

Pourquoi j’ai souhaité en parler avec vous.

Voilà comment tout a commencé. J’ai décidé d’en parler ici pour peut-être aider, éclairer ceux et celles chez qui cela résonnera. Ceux et celles qui n’ont jamais vraiment été malheureux, mais pas tout à fait bien non plus, ceux et celles qui ont plutôt bien réussi leurs études, leur carrière professionnelle mais qui, en même temps, ressentait un mal-être inexplicable tout en se sentant tout à fait heureux à d’autres moments. Ceux et celles qui, malgré le fait de presque tout bien réussir, ont toujours douté d’être capable. 

J’ai souhaité en parler pour ouvrir un espace entre-deux. Cet espace où existe des « hauts potentiels » qui n’ont pas été en échec scolaire ou en grande souffrance mais pas non plus des génies adulés qui ont tout réussi. Cet espace des « hauts potentiels » qui ont su s’adapter, enfin… en surface car les problématiques intérieures, elles, elles étaient bien là : la pensée incessante, le doute permanent, le questionnement sans fin qui du coup reste sans réponse, le manque de confiance en soi inexpliqué tout en se sentant / se sachant capable du meilleur. En tous les cas pour moi. C’est ce que j’ai vécu. C’est ce que je vis. Intérieurement. 

J’ai revisité ma vie. Si j’avais su…

Et alors, j’ai revisité ma vie. Pas trop sur le plan scolaire ni de la réussite professionnelle mais sur les plans affectif, mental et relationnel.

Si j’avais su, j’aurais été plus indulgente avec moi car alors j’aurais su que « c’est comme ça. C’est moi. » Et je n’aurais pas cherché à tout prix à corriger ce qui me semblait être des défauts.

Si j’avais su, j’aurais mieux accueilli mes émotions. Elles sont débordantes oui, et c’est comme ça. Je les accepte et les partage avec ceux qui ne me jugent pas.

Si j’avais su, en entendant « t’es trop sensible, trop fragile, trop émotive… », je ne me serais pas sentie faible. J’aurais su que c’est une force car c’est cela qui me rend intuitive et qui fait la qualité de mes relations.

Si j’avais su, j’aurais compris pourquoi je supporte si peu le bruit et la lumière et pourquoi les plus infimes odeurs peuvent m’enchanter ou bien m’écœurer. 

Si j’avais su, je ne me serais pas trouvée si conne d’être incapable de m’organiser, planifier, séquencer, anticiper parce que je vois les choses de manière globale.

Si j’avais su, je ne m’en serais pas voulu d’avoir le cerveau si bruyant, si bien que parfois il me fatigue à lui tout seul, me donnant l’impression que j’ai passé la journée dans une soirée networking à parler avec cent personnes alors que j’étais toute seule avec moi-même.

Si j’avais su, je n’aurais pas dit de moi que « Je suis trop éparpillée, que je ne sais pas ce que je veux » mais plutôt que « Je suis intéressée par beaucoup de choses, avide de savoirs. »

Je ne me serais pas trouvée torturée mais consciente de la vie qui nous entoure.

Je ne me serais pas trouvée bizarre mais différente. 

J’aurais compris pourquoi je parle trop, pourquoi je pense trop, pourquoi je questionne trop, pourquoi je remets tout en question. Mais d’ailleurs… « trop » par rapport à qui ? A quoi ?

J’aurais compris pourquoi je semble être le vilain petit canard de ma fraterie : celle qui remet en question sa religion, son travail, ses traditions familiales, l’éducation nationale, l’éducation tout court parce que n’obtenant pas de réponses à ses interrogations existentielles elle cherche à faire autrement. 

Moi, en entreprise.

Si j’étais restée en entreprise encore longtemps, j’aurais fini par être très malheureuse, je pense. J’aurais été malheureuse car jamais ne me serait venue l’idée de passer ce fameux test et j’aurais passé ma vie à me dire que je n’ai pas fait ceci ou cela comme il fallait au lieu de me dire – et de dire – que je fonctionne différemment, qu’il m’est difficile de ne pas aller au fond des choses alors qu’on me demande de la quantité plutôt que de la qualité. On me demandait de faire comme cela « parce qu’on a tjs fait comme ça » au lieu de me laisser questionner pour mieux comprendre, remettre en question pour voir si on avait raison de faire comme cela et faire différemment si je pensais que ça pouvait nous être plus utile. J’aurais fini par être malheureuse aussi de ne pas être dans l’humain, de ne pas faire un travail qui a du sens pour moi, qui me fait me sentir utile.

Pour aller plus loin :

Lors du test, j’ai eu un résultat dans la moyenne sur la culture générale. Cela ne m’a pas surprise car j’ai toujours trouvé que je n’avais pas une culture générale très étendue et j’ai attribué cela au fait, que je n’ai jamais réussi à m’intéresser à certains thèmes de l’Histoire de France ou du monde, certains auteurs de la littérature française ou étrangère et cela m’a fait défaut au test. Cela m’a posé question : comment alors les psychologues français évaluent-ils le QI d’une personne qui, du fait de sa culture autre que française, peut ne pas avoir les bonnes réponses à ces questions. J’ai trouvé ma réponse dans l’extrait du livre L’examen clinique de l’intelligence de l’enfant : fondamentaux et pratique du WISC V.  Il aborde ce sujet dans le chapitre 2.2.2. Il dit en somme, que les tests comportent un biais en cela qu’ils ne prennent pas en considération la différence culturelle du sujet.

Qu’est-ce que cet article t’a évoqué ? T’es-tu reconnu.e ? En parles-tu autour de toi ? Viens me dire comment tu as vécu tout cela toi !

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