Salon du Livre Jeunesse Afro-Caribéen : 3ème et dernière partie

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Troisième et dernière partie : La table ronde des auteurs et discussions entre visiteurs.

 

A la table ronde, nous avons retrouvé (de gauche à droite) : Virginie Mouanda Kibinde, Jules Kamga Nzietchueng dit Kam l’émerveilleur, l’organisatrice du salon, Frédéric Pichon, Iman Eyitayo, Djehuti Biyong, Jahlyssa Sekmet et Simona Le Roy.

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(désolée pour la mauvaise qualité des photos 🙁 )

Le thème du salon étant « héros d’hier et d’aujourd’hui », chacun des auteurs nous a expliqué en quoi les protagonistes de leurs livres étaient des héros, ce qui les inspirait pour écrire, quels étaient les héros qui avaient bercé leur enfance…

Jahlyssa est enseignante pour une classe de CP. Elle nous explique qu’étant petite, elle n’avait absolument pas de référence noire en tant que super héros, ni même de livres avec des personnages noirs. Elle dit avoir grandi avec le livre très populaire Martine. Avec son livre « L’Histoire de l’Afrique et de sa diaspora de la préhistoire à nos jours » elle axe son combat sur le rétablissement des vérités historiques touchant au continent. Ses héros, ce sont les grands historiens africains tel que Cheick Anta Diop.

Jules quant à lui, ayant grandi au Cameroun, pense que tout dépend du vécu de chacun. Il dit avoir eu la chance de grandir avec la BD Kouakou, qu’il a énormément appréciée. En revanche, ce qui lui a manqué, c’était un Père Noël assez crédible pour convaincre les enfants que c’était bien lui qui distribuait les cadeaux en Afrique. C’est de là que lui est venue l’idée de créer « Mama TingaTinga.« 

Virginie est arrivée en France à l’âge adulte. Dans sa jeunesse, elle a surtout connu la littérature française. Elle déplore le manque de livre de la diaspora dans les bibliothèques et incite donc les citoyens à proposer les livres de la diaspora au maire de leur ville, à leur demander de les commander pour les bibliothèques municipales (financées par nos impôts) Elle était venue présenter son livre « Contes merveilleux et contes drôle de la savane ».

Le parcours de Djehuty Biyong atteste encore et toujours de ce même constat. Djehuti est passionné de dessin depuis petit. Or il dit lui-même qu’il dessinait énormément de personnages blancs. Puis lorsqu’il a découvert la Panthère Noire de Marvel, il s’est lui aussi mis a dessiné des personnages noirs. Dans ses BD, Djehuty a décidé de donner autant d’importance au fond qu’à la forme. Pour lui, avant de penser aux livres fantastiques faisant rêver les enfants de super héros ou de princesse, il était important de leur parler d’abord de leur histoire. J’ai beaucoup cette phrase de Djehuti « Chaque être humain a besoin de son histoire ». Mon Dieu que c’est vrai !

Et enfin, c’est sans surprise que lorsqu’Iman Eyitayo prend la parole, c’est pour confirmer que même en Afrique (au Bénin pour elle) la population n’a pas accès aux livres d’auteurs africains ni à des livres présentant des personnages noirs.

Lorsque j’ai commencé à chercher des livres avec des personnages noirs pour mon fils et que je n’en trouvais pas, je me suis demandée « A qui la faute ? » (si faute il y a…). Aux auteurs ? Ecrivent-ils des histoires avec des enfants noirs ? Aux illustrateurs ? Peut-être pensent-ils qu’avec un enfant blanc le livre se vendra mieux ? Ou peut-être considèrent-ils que tout le monde peut s’identifier à un enfant blanc ? Ou encore pensent-ils que les enfants n’ont pas besoin de s’identifier ? La profession manque-t-elle d’illustrateurs qui seraient eux-mêmes noirs ? Est-ce la faute des acheteurs (pères, mères, bibliothécaires,…) qui ne recherchent pas spécifiquement ce genre de livre ? Pas de demande, pas d’offre ? La faute aux libraires ? Aux éditeurs ?…

J’ai eu un début de réponse lors du salon. Frédéric Pichon a tranché : lorsqu’un personnage noir est en couverture d’un livre, « les libraires font la tronche en le voyant… Et pourtant ce sont des livres qui se vendent ! La preuve en est que lors de salon comme celui-ci, nos livres se vendent très bien. Alors, il faut multiplier les salons, les événements, les ventes privées. La distribution est un vrai problème ainsi que la diffusion, la médiatisation. » Et non ! Pas de grands panneaux publicitaires, ni de télévision comme pour le salon du livre de Paris… »

Il y aurait encore beaucoup à écrire sur les discussions de cette table ronde tant elles étaient riches mais l’article serait trop long 🙂

Le petit mot de la fin de chacun résumait très bien les échanges que nous avons eus tous ensemble :

De la même manière dont elle finit ses contes, Virginie a déclaré « maintenant cette histoire est à vous » et Simona de renchérir « maintenant la littérature est à vous ». Jahlyssa, nous incite à « agir à notre petit niveau et à essayer de soutenir les auteurs comme eux ayant du mal à être diffusés ». Djehuty conclut en disant que « demain se prépare aujourd’hui » et en remerciant les belles initiatives comme le Salon du Livre Jeunesse Afro-Caribéen dont il ne connaissait pas l’existence avant. Frédéric regrette l’absence de média. Jules quant à lui, attend avec impatience la 6ème édition du salon !

Et enfin Virginie nous rappelle que le livre est une industrie, une économie comme n’importe quelle autre. Donc à l’instar des femmes noires qui ont réussi à peser et à s’imposer pour que les marques de cosmétiques leur proposent des produits adaptés à leur peau, nous devons essayer de peser pour faire changer la tendance et faire en sorte que ces livres soient plus accessibles.

A la fin de la table ronde j’ai eu le plaisir de discuter avec deux jeunes femmes doctorantes en littérature et dont la thèse portait justement sur la diversité et la représentativité des personnages noirs dans la littérature. J’ai aussi eu le plaisir d’échanger avec Nathalie Thiery, maître de conférence en Sciences de l’Education qui travaille également sur le sujet.

Avant d’en prendre connaissance sur Facebook, je n’avais moi-même jamais entendu parlé de ce salon donc ce fut une belle découverte. C’est un petit salon mais qui n’a rien à envier aux grands (dont celui de Paris qui a été vivement critiqué dans les médias d’ailleurs…) car justement l’ambiance y est plus chaleureuse, les auteurs, éditeurs, libraires plus proches de leur public et les discussions plus sincères… Alors j’attends moi aussi la 6ème édition avec impatience !

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