Maman noire et invisible

♥Coup de coeur♥

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Résumé

L’intégration des femmes noires, et par extension, des maman noires, dans la société est un échec cuisant en France. Elles sont très peu présentes dans l’espace public français : au cinéma, dans les magazines et en politique. On peut les compter sur les doigts de la main. Connaissez-vous plusieurs comédiennes noires, des livres dont les héros sont noirs ? Dès lors, comment élever un enfant dans un environnement où la « diversité » est loin d’être une priorité ?

Ce livre est un début de réponse. Les réponses aux questions que les femmes noires peuvent se poser pendant leur grossesse, ainsi qu’à l’arrivée de bébé : comment prendre soin des vergetures sur sa peau noire ? Comment s’occuper de soi quand on est enceinte ? Peut-on se défriser les cheveux lorsqu’on attend un bébé ? Est-ce le moment de passer au big chop ? Et bien d’autres choses encore !

« Ce livre est aussi une réflexion sur l’utilité d’aborder le racisme avec sa progéniture. »

Comment faire pour que son enfant noir célèbre au mieux ses différences ?

La France est le pays européen où les noirs sont les plus nombreux et, pourtant, une partie de cette population reste invisible : les femmes, les mamans.

Il est temps de changer les choses, non ?

Mon avis

 

Cela fait un looooong moment que j’ai acheté et lu ce livre mais je n’arrivais pas à me décider à en faire enfin la critique. Pourquoi ? Parce que je savais que j’aurais beaucoup à dire et que, donc, cela me prendrait du temps. Maintenant ce sera chose faite !

 

Par quoi commencer ? Bien évidemment, lorsque j’ai lu le titre de ce livre, il a tout de suite fait écho en moi. Mais c’était il y a un peu plus d’un an seulement. Mon fils a 7 ans et si j’avais vu le titre il y a 7 ans, il m’aurait peut-être intriguée, mais n’aurait pas forcément résonné comme cela a été le cas il y a un peu plus d’un an donc. 

Pourquoi ? Parce que lorsque je suis devenue mère, il n’y a que deux choses dont j’étais sûre : que j’aimerais mon enfant et que je l’élèverais de sorte qu’il me respecte. Je ne me posais pas la question de savoir « comment j’allais l’élever ». Ayant reçue une bonne éducation, j’allais « forcément » la lui transmettre. Je ne me demandais pas « quelle éducation j’allais lui donner », « quelles valeurs j’allais lui inculquer », « quelles notions culturelles (et de quelle culture : française, antillaise, africaine ?) j’allais lui transmettre » etc la liste est longue. Je ne me posais pas ces questions. Tout allait couler de source pour moi.

Il faut avouer qu’à l’époque, je ne me posais pas de questions identitaires, culturelles… Et je n’avais pas fait de travail de remise en question de la société dans laquelle on vit, du système scolaire, des valeurs républicaines,…

Aujourd’hui, les choses sont tout autre ! Et Dieu seul sait que si c’était à refaire, il y a énormément de choses que je ferais différemment… Car je pense (aujourd’hui) qu’avoir un enfant ça se prépare à tous les niveaux. Et ça devrait se préparer à deux ! Qui peut dire qu’avant d’avoir un enfant avec son conjoint, tout deux ont discuté et se sont mis plus ou moins d’accord sur la façon dont ils élèveront leur(s) enfant(s) ? Alors, oui je pense que c’est un sujet dont il faut discuter longuement.

Si c’était à refaire… je m’interrogerais sur ma propre identité en tant que noire bien avant d’avoir un enfant. J’apprendrais mon histoire en me documentant. Si c’était à refaire… les premiers livres de mon fils auraient été des livres avec des personnages noirs. Si c’était à refaire… j’aurais écouté ma mère et fait bien plus attention à mes dépenses. Non pas pour avoir un appartement plus grand, mais pour avoir un appartement au bon endroit. Si c’était à refaire… j’aurais remis en question le système éducatif français bien plus tôt. Si c’était à refaire…

Mais je ne regrette pas… car même si je ne l’ai pas fait avant d’avoir mon fils, je suis en plein dedans aujourd’hui. Et mieux vaut tard que jamais comme on dit. Du coup, j’ai l’impression de grandir en même temps que lui. Car oui, j’ai l’impression que tous ces questionnements me font grandir, évoluer, progresser. Je change. Et dans le même temps, je modifie un peu la trajectoire de l’éducation que je lui donne. Et ça me fait beaucoup de bien.

Pour en revenir à « Maman noire et invisible » de Diariatou Kebe, c’est un livre qui m’a beaucoup touchée. Il est à la fois drôle mais tellement réaliste et vrai… Il y aurait tellement à dire que je ne peux le faire ici, dans cet article. Donc je vous invite évidemment à vous le procurer. Elle parle des micro-agressions relevant du racisme ordinaire que peuvent subir les femmes noires dans le milieu hospitalier; de la santé, de la beauté et du corps de la femme noire lorsqu’elle est enceinte; des traditions culturelles autour de la naissance; de la représentativité des noirs dans la société et surtout de l’importance des « rôles-modèles positifs »; bien évidemment de racisme et de tellement d’autres sujets

Ce livre… je pourrais en parler des heures ! D’ailleurs, il FAUDRAIT en parler des heures ! Car il traite de sujets qui mériteraient des tables rondes à répétition, des émissions de télé, des études, des lois, des changements en tous cas !

J’ai été touchée par à peu près tout dans ce livre mais particulièrement par ce passage :

« A un moment donné pendant ma grossesse, je me suis assise et je me suis demandé comment « on » allait appeler mon futur fils. Si son père et moi sommes des enfants d’immigrés, issus de la diversité, des Français d’origine étrangère, qui sera mon futur fils ? Ses parents sont Français certes, mais… (…) J’ai toujours évolué dans une France plus ou moins raciste, donc le vivre directement ou indirectement ne me posait plus de « problèmes »… Sauf que j’allais devenir mère. L’idée que mon fils puisse un jour être victime de racisme me donnait la nausée. Nous allions devoir l’élever dans un monde que nous ne pourrions pas changer. »

En lisant ce passage, je me suis posée une question : qu’est-ce qui est le plus complexe à gérer ? Etre un français noir dont les parents sont immigrés ? Ou être un français noir antillais ?

Je ne sais pas si la finalité de ma question est claire ? Je m’explique. Les antillais sont censés être considérés en tout point de la même manière qu’un français blanc de peau  (qui, par ailleurs et pour rappel, n’a souvent pas que du sang « français » lui non plus). Or, ceux qui le vivent le savent, ce n’est pas le cas. Les autres voient que nous sommes noirs avant de voir que nous sommes français.

Et dans le cas de l’antillais, il suffit qu’il n’ait pas les traits physiques du stéréotype de « l’antillais » (teint clair, traits fins et « cheveux métisses » (allez savoir ce que sont des cheveux métisses…)) pour qu’en plus on pense qu’il n’est même pas antillais, donc étranger ou de parents étrangers et donc pas vraiment français quoi !

C’est mon cas. Je crois que seules deux ou trois personnes dans ma vie ont deviné à mon seul physique que je suis antillaise. Cela ne me dérange aucunement que l’on me prenne pour une africaine. Mais dans ce cas, à quel moment me considérera-t-on française ? Après combien de génération ? Ou après combien de teintes d’éclaircissement de peau dû au métissage ? Les gens s’y perdent : française, noire, antillaise, d’apparence africaine… Wouaw ! Je vous comprends… y a de quoi en perdre la tête ! ^^

Je ne cherche pas à être plus française que française comme on dit chez moi. Comme je ne cherche pas à être plus africaine qu’africaine ou plus antillaise qu’antillaise. J’ai un peu des trois en moi et je vis bien comme ça. Ce sont les autres (certains autres) qui ont du mal avec ça… L’erreur à ne surtout pas faire : chercher à savoir qui l’on est dans le regard des autres. 

A quand le jour où nos enfants naîtront noirs, grandiront noirs et mourront noirs sans qu’un seul jour de leur vie ils n’aient à s’en inquiéter, à en avoir honte, à s’en excuser…?

Diariatou écrit très justement dans un poème au début du livre :

« (…)Ta couleur de peau sera un frein pour certains, Un obstacle pour d’autres, Ne chavire pas, sois juste toi, Tu n’auras pas à être fier de ta peau, sois juste toi, Tu seras celui que tu as décidé d’être et non pas, Celui que l’on veut que tu sois, Trace toi-même ton chemin, Tu ne seras pas moins Africain qu’un autre, Tu ne seras pas moins Français qu’un autre, Tu seras un citoyen, un républicain. (…) »

J’ai une question pour les personnes blanches et ayant des enfants blancs : avez-vous conscience que, dans la vie de tous les jours et à la naissance de vos enfants, vous n’avez pas à vous poser toutes ces questions…?

Pour quel public ? Adulte
 
Où ai-je trouvé ce livre ? A la Fnac
 
Je vous conseille aussi : Etant donné que je suis noire, on pourrait se dire que mon avis n’est pas objectif, que mon opinion est toute acquise à la cause de Diariatou Kebe. Alors je vous invite à lire cet article d’une blogueuse blanche, Marie Bernat, au sujet du livre de Diariatou Kebe :  ici 
 

Auteur : Diariatou Kebe
 
 
Prix : 13,90€

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