Lewis, caméléon métis

♥ Coup de coeur ♥

Résumé

Adopté par la joyeuse famille des Dupont-Durand, Lewis pourrait avoir la vie douce si les autres animaux du quartier ne se moquaient pas sans cesse de sa drôle de démarche ou de sa couleur de peau (jamais la même ni jamais la bonne, selon eux). Né d’une mère lézard et d’un père caméléon qu’il n’a jamais connu, Lewis s’interroge sur ses origines. Il n’a qu’une hâte : découvrir la Gwaraïbe ! Surprises et amitiés l’y attendent, dans ce voyage qui pourrait bien changer sa vie.

Mon avis

Jamais je n’aurais pensé être tant absorbée et touchée par un livre dont le personnage principal est un animal… et encore moins un reptile 🙂

J’ai été contactée par l’assistante relations presse de Justine Jotham, l’auteure de ce livre pour savoir si j’acceptais de lire et chroniquer ce livre. Ma première réaction a été de l’informer que je n’avais encore jamais traité le sujet du métissage et de l’adoption. En effet, n’étant pas concernée par ces deux thématiques, j’avais peur de commettre l’impair que je reproche moi-même à certains auteurs : parler de ce que je ne connais pas et ainsi, ne pas voir que je tombe dans des clichés, des maladresses etc

Heureusement, elle ne s’est pas arrêté à ma réaction et m’a tout de même proposé de recevoir le livre, et elle a eu bien raison !

(Petite parenthèse – Je tiens à m’excuser du délai que j’ai pris pour écrire cet article pour ce livre reçu en juillet. En effet, j’adore malheureusement de moins en moins de temps au blog en raison de ma reconversion professionnelle et également ces derniers mois n’ont pas été très faciles notemment en raison de la crise sanitaire et de ses conséquences en tout genre dans nos vies. Mais comme le dit Lyvia Cairo « Mes engagements sont envers les gens et non envers le temps ». Alors chose promise, chose due ! Voici l’article. Sachant que même lorsque je reçois des service presse, je rédige des articles tout à fait honnêtes, non biaisés par ce que l’auteur ou la maison pourrait attendre de moi.)

Comment vous parler de ce livre sans vous en dire trop…

Donc comme je le disais plus haut, en recevant ce livre, je m’attendais à une histoire traitant plutôt du métissage et aussi, je n’ai pas l’habitude de lire et chroniquer des livres avec des animaux alors je m’attendais à ce que l’histoire nous maintienne dans le monde des animaux.

ERREUR ! Je peux vous dire que j’ai été très touchée et bouleversée par ce livre, cette histoire car au-delà des apparences, il y est question, selon moi, de déracinement, de perte d’identité, de quête de soi, aussi de racisme, de souffrance intérieure mais également de transmission, de l’importance de savoir d’où l’on vient, de raconter à nos enfants leurs histoires familiales et de ne pas les laisser dans un flou identitaire néfaste à leur construction.

Un autre sujet qui m’a beaucoup touchée ici est l’absence paternelle. Au départ, j’étais sceptique et contrariée de penser que le livre alimentait le cliché du père antillais démissionnaire. Mais cette absence prend tout son sens à la fin de l’histoire et la raison de cette absence touchera au coeur quiconque se reconnait comme descendant d’esclave.

Je me suis beaucoup reconnue dans ce petit Lewis. Non pas parce que je serais métisse puisque ce n’est pas le cas mais parce que j’appartiens à… deux cultures, deux pays, deux histoires, deux réalités, deux identités, deux mondes si différents. Alors je me suis retrouvée dans ce petit Lewis et sa quête identitaire, ses questionnements, sa soif d’en savoir plus sur son histoire, ses douleurs dans sa différence. Différent ici, différent là-bas. Jamais comme il faut, où il faut.

Et je me suis retrouvée dans ce petit Lewis jusque dans sa quête paternelle.

Justine a une plume magnifique qui lui a permis, à travers les différents noms / surnoms qu’elle a donnés au papa, de nous plonger dans l’errance de Lewis. Tantôt on ressent la souffrance de Lewis quand il nomme son père « Papa-Absent ». Tantôt on ressent son désir d’amour pour son père « Papa-Très-Fort ». Et tantôt, on compatit avec Lewis qui sait que parler de papa n’est pas chose aisée pour sa maman quand il l’appelle « Papa-Tabou ». Ces surnoms révèlent tant de choses : l’errance identitaire, la souffrance de l’absence paternelle, le fantasme d’un père présent, fort, aimant, et le questionnement au sujet de ses origines.

Le surnom de la maman, quant à lui, reste le même durant tout le récit : « Maman-Liza ». J’y ai vu de la stabilité, le roc de ce petit Lewis, son phare dans la nuit.

Le récit de Justine est plein de poésie pour évoquer des thématiques très lourdes et difficiles à aborder en temps normal. Elle utilise de subtiles analogies pour faire référence à des situations de racisme que les enfants noirs, métisses peuvent vivre mais aussi pour parler des Antilles, de l’histoire de l’esclavage. Elle utilise la métaphore de ce mi-lézard mi-caméléon pour rappeler certaines critiques faites aux corps noirs et métisses, le côté caméléon (venant de son papa) étant ses origines antillaises.

Justine a fait preuve de beaucoup d’habiletés et de finesse pour relater, finalement, notre histoire humaine et une expérience humaine commune a des milliers de personnes.

J’ai également beaucoup aimé l’insertion de proverbes créoles, de dialogues en créole.

Le seul petit regret que j’ai concerne le dénouement de l’histoire. Bien évidemment je ne vous en dirai pas plus d’autant plus que ce regret est finalement plus personnel que concernant le livre réellement. Ce petit regret que j’éprouve trahit en réalité mon propre fantasme d’une identité retrouvée 🙂

Merci encore Justine pour ce roman jeunesse que je recommande chaudement ! Il est à mettre entre toutes les mains et en particulier celles des enfants métisses bien sûr mais aussi noirs, blancs et de tous ceux qui souhaitent s’ouvrir à d’autres histoires, d’autres réalités.

Ma note : ♥♥♥♥♥


Pour quel public ? A partir de 8 ans

Où trouver ce livre ? Sur le site de l’éditeur ici, en librairie et sur internet

Je vous conseille aussi : Notre Histoire de Lilian Thuram
Auteure : Justine Jotham
Editeur : Poulpe fictions
Prix : 9,95€

 

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