La saveur des bananes frites

 

 

Résumé

Quand Saraphina passe devant la Cité Paradis et ses beaux appartements, elle ne peut s’empêcher de penser à une autre cité : celle où ses parents ont vécu avant sa naissance, en Haïti, et qu’ils ont dû fuir en catastrophe. La tristement célèbre Cité Soleil. Depuis, le destin ne les a pas épargnés, elle et son frère, mais si ce dernier semble profondément attaché à ses racines, elle, née à Paris, préfèrerait parfois les oublier.

Au quotidien, Saraphina s’applique à rendre la vie plus légère. Au collège, elle s’intéresse à tout ; au foyer, elle aide autant qu’elle peut et rit avec son copain Malik, qui lui fait voir la vie en couleurs. Mais quand les choses tournent mal, l’horizon d’un départ en Haïti se dessine peu à peu comme seule échappatoire possible. Saraphina et son frère parviendront-ils à affronter cette nouvelle page de leur histoire ?

 

Mon avis

Ce livre m’a été offert par son auteure, Sophie Noël, qui, découvrant mon blog, a souhaité que je le lise tout d’abord car l’héroïne est noire et aussi pour que je lui fasse part de mon avis. J’ai été ravie car c’est toujours un plaisir pour moi de recevoir des livres et encore plus que l’on s’intéresse à mon travail.

Je ne savais pas à quoi m’attendre lorsque je l’ai reçu alors j’ai été enchantée par la couverture très gaie et colorée. Le titre laisse également rêveur… 🙂 Puis en lisant la quatrième de couverture,

j’ai compris qu’il n’allait pas s’agir d’un conte de fée saupoudré de strass et paillettes mais tant mieux ! Pourquoi « tant mieux » ? Parce qu’il s’agit d’un roman ado (ou pré-ado) et c’est l’âge où, selon moi, un enfant peut commencer à lire des romans se rapprochant de la réalité du monde, de ses joies et de ses difficultés.

Et je ne me suis pas trompée. Ce roman est… bouleversant car dur et doux à la fois, sérieux et drôle en même temps. Il parle à la fois des difficultés de la vie, mais aussi de culture (ici la culture haïtienne en l’occurence) et du difficile retour aux sources des personnes déracinées. Néanmoins, derrière ce déracinement se cache une volonté de l’auteure de nous faire comprendre que nous devrions nous sentir chez nous partout. En effet, Sophie Noël ayant elle-même adopté deux petites filles à Haïti, elle a parfaitement retranscrit dans son roman l’ambivalence de pouvoir se sentir perdu.e à un endroit qui fait partie de nos racines et chez soi en un lieu qui nous a adopté.

Lorsque j’ai fini de lire son roman, j’ai eu besoin d’écrire à l’auteure pour lui poser quelques questions. J’avais besoin de comprendre cet entremêlement d’informations qui m’interloquaient : le choix de la couverture vive et fraîche avec le sérieux du thème, la relation de l’auteure, qui est une femme blanche, avec Haïti, le message qu’elle souhaitait faire passer.

C’est donc la première fois que je procède ainsi mais j’ai trouvé intéressant de vous partager les réponses de l’auteure aux questions que je lui ai posées.

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Entretien avec l’auteure
Sophie Noël :

Bonjour Carole,

Merci pour votre lecture. Comme je vous le disais, votre avis m’a intriguée, car le roman passe plutôt pour un roman positif et drôle, même si les sujets abordés sont très difficiles, je l’avoue.

A mon avis, la littérature pour enfant ne doit pas seulement se cantonner aux histoires de licornes, de foot ou de poney (même si c’est aussi très bien), mais aussi leur ouvrir l’esprit sur des sujets de société. Il ne s’agit bien sûr pas de leur faire peur ou de les démoraliser, mais de les préparer à la vie, de répondre aux questions existentielles qu’ils se posent forcément, de les aider à se construire avec des thèmes qui parlent, par exemple, d’identité, de place, d’origine, de famille, de cultures différentes…

Concernant la couverture, je suis d’accord avec vous : il y a une grande différence entre l’illustration et le contenu :-D. Cela dit, est-ce que cela ne veut pas dire malgré tout que l’histoire porte un message d’espoir ?

Carole : Vous m’avez dit que vous avez adopté deux petites filles noires à Haïti, vous vous en êtes donc inspirée ?

S.N : En effet, j’ai adopté deux filles en Haïti. C’est aussi pour cela que je suis très intéressée par les histoires d’origine et de racines. Se sentir accepté partout où qu’on aille et s’adapter facilement, c’est aussi un facteur de bonheur.

Carole : A qui est destiné la petite note au début du livre « A ma mère et mon père » ?

S.N : Dans beaucoup de livres, il y a une dédicace au début du livre. Cette histoire est une histoire de résilience familiale, et il m’a paru naturel de dédicacer mon livre à mes parents.

Carole : Quand vous avez découvert mon blog, qu’est-ce qui vous a décidé à m’envoyer votre livre ? Que pensiez-vous qui me plairait dans ce livre, dans l’histoire ? 

S.N : Tout comme vous, j’ai fait le constat que les héroïnes noires étaient trop peu nombreuses dans la littérature jeunesse. D’emblée, puisque mes filles sont noires, certaines de mes héroïnes le sont aussi (pas toutes). J’ai aimé votre façon de le revendiquer, car c’est vrai, certaines personnes ou groupes de personnes ne sont pas (ou peu) représentées dans la littérature.

Carole : Qu’avez-vous voulu raconter par cette histoire ? Qu’est-ce que vous aimeriez que les gens retiennent de votre livre, de l’histoire ? 

S.N : Je vous le disais plus haut, j’ai voulu raconter une histoire universelle, qui parle des origines de l’homme (qui sont communes à tous les hommes). Je voulais aussi montrer que l’on est partout chez soi, et que s’il est important de (re)trouver ses racines, il l’est encore plus de comprendre que nous sommes une seule et même espèce et qu’il est fondamental de considérer l’autre comme notre égal.

Carole : Pourquoi des lecteurs devraient acheter votre livre ?

S.N : Ca, c’est à chacun de le savoir. Si les parents veulent que leurs enfants lisent un roman pour apprendre à découvrir l’autre et à s’ouvrir aux différences, alors La saveur des bananes frites est fait pour eux. 😉

Carole : Quel message souhaitiez-vous faire passer ? 

S.N : Comme je l’ai évoqué plus haut, ce sera un message de tolérance, d’ouverture, de curiosité, de solidarité, d’amour.

Carole : Y aura t-il un tome 2 pour que les lecteurs sachent ce qu’est devenu la vie de Saraphina en Haïti ? 

S.N : Pour l’instant ce n’est pas prévu, même si plusieurs personnes me l’ont demandé.

A titre d’information, La saveur des bananes frites est pour l’instant sélectionné pour 8 prix littéraires jeunesse, dont notamment La bataille des livres, une opération Suisse autour des livres francophones. Des classes du Sénégal, du Canada, d’Haïti, de France, de Belgique, de Suisse et de Dubaï travailleront également sur mon texte.

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Pour quel public ? Enfant à partir de 12 ans (selon moi)
 
Où ai-je trouvé ce livre ? Il m’a été offert par l’auteure. Il est disponible sur internet, en librairie…
 
Je vous conseille aussi : Kama. Il était une fois en Afrique.
 

Auteure : Sophie Noël
 
Couverture :  Aurélie Grand
 
Editeur : Magnard Jeunesse
 
Prix : 11,90€

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