Exposition Le Modèle Noir au musée d’Orsay… ou ce qui me pousse à me rendre au musée

Portrait de Madeleine dit aussi Portrait d’une femme noire, présenté au Salon de 1800 sous le titre Portrait d’une négresse de Marie-Guillemine Benoist – 1800, huile sur toile. Paris, musée du Louvre.

Le 18 juin 2019, je suis allée voir l’exposition Le Modèle Noir au Musée d’Orsay à Paris. Je ne me souviens pas la dernière fois que je suis allée à une expo, la dernière fois que je suis allée dans un musée…

Parfois on entend des personnes dire « Je ne suis pas trop musée », « Je ne suis pas trop expo ». Ce n’est pas mon cas. Mais ce qui est sûr c’est que les fois où je suis allée au musée peuvent se compter sur les doigts de deux mains. Y suis-je réfractaire ? Oh que non ! Bien au contraire. Alors pourquoi ?

Ce jour, alors que je me trouvais devant le musée, j’ai compris pourquoi je n’y allais pas souvent… le manque de représentation, encore… Les raisons pour lesquelles je ne vais pas souvent au musée sont les mêmes que celles pour lesquelles je n’aimais pas l’Histoire pendant ma scolarité. Je ne m’y retrouvais pas. Je me rendais donc au musée d’Orsay pour la première fois. Ce qui m’y a poussé ? L’expo, Le Modèle Noir. Le 23 juin, je suis allée à la Villette pour voir l’expo Toutankhamon. Ce qui m’y a poussé ? L’Egypte, ça me parle.

Longtemps j’ai pensé que je manquais de curiosité car même si je ne me voyais pas représentée, il y a bien d’autres choses auxquelles s’intéresser. Oui, mais non. Et je comprends maintenant que ce n’était pas un manque de curiosité. J’ai l’impression que c’était comme une manière de manifester ma colère contre l’injustice que cela représentait pour moi. « Pourquoi devrais-je m’intéresser à cela alors que je ne me sens pas concernée ? » Et en plus, j’ai aussi un petit côté anticonformiste ^^ (raison pour laquelle je n’ai encore jamais vu GOT… oui, oui ! Je n’ai pas honte de le dire ! ^^). Alors quand tout le monde estime qu’il faut avoir vu une expo de Monet ou Picasso, moi je dis que non, ce n’est pas obligé. Pourquoi ? Faire comme les autres ? Ce qui nous pousse parfois à céder au conformisme de la société c’est (inconsciemment) de pouvoir faire partie d’un groupe, d’une « communauté ». L’homme est un animal social selon Aristote.

L’expo m’a énormément plu en même temps qu’elle m’a mise en colère, qu’elle m’a rendue triste, qu’elle m’a émerveillée par la beauté des peintures et des sculptures. Je n’ai pas visité cette expo comme j’aurais visité une expo de Picasso. J’avais le coeur qui battait fort et les soupirs nombreux à cause :

  • « l’abolition » de l’esclavage de 1794 qui n’était en fait qu’une stratégie de la France pour ne pas perdre ses colonies, la Guadeloupe et Saint-Domingue (Haïti aujourd’hui), face aux attaques des flottes étrangères, notamment de l’Angleterre. Il est trop peu souvent avoué que la révolte de Saint-Domingue est la véritable origine de la décision « d’abolir » l’esclavage. De nombreux esclavagistes sont assassinés par les esclaves et les marrons, les pertes sont importantes, certains fuient vers la Martinique qui appartient aux anglais. La France avait besoin d’apaiser le conflit et rallier ses colonies à sa cause, du moins ceux qui étaient contre l’indépendance des colonies. A noter que la Martinique n’a pas connue cette abolition car elle a appartenue à l’Angleterre de 1794 à 1802. (Pour plus d’informations sur le sujet, à lire : Histoire de l’esclavage dans les colonies françaises de Lémy Lémane Coco).

« Révoltes et révolutions aux Antilles

La légende est celle d’une France coloniale qui aurait brutalement compris que l’esclavage était inhumain ! Comme si un politicien bourgeois nommé Schoelcher aurait pu proposer avec succès la suppression de l’esclavage sans la révolte des esclaves des Antilles qui s’était développe avec succès bien avant, notamment en Haïti ! Parler de l’abolition de l’esclavage par la France en 1848 « à l’initiative de Victor Schoelcher », c’est « oublier » que l’esclavage colonial a continué bien après. Et surtout, c’est oublier que ce sont les esclaves eux-mêmes qui s’étaient révoltés pour se libérer. Par exemple, en 1656, 1710, 1730, 1752, 1802 en Guadeloupe, en 1733 en Guyane, en 1678, 1699, 1748, 1752, 1822 et 1833 en Martinique, en 1791 à Saint Dominigue, et 1810 à Cuba.… »

Source : Matière et révolution (Disclaimer : je n’ai pas lu l’article dans son entier)

  • de l’inhumanité de l’époque : nombreux sont les modèles qui étaient simplement appelés « négresse, nègre, capresse, mulâtresse… » Aucune identité, aucune considération.

  • de la tristesse : l’utilisation du corps noir déshumanisé comme chair à canon avec les Tirailleurs « sénégalais », comme servante ou posant en photo à moitié nu, le regard perçant.

 

Mais au fil de la visite, j’ai aussi ressenti de la fierté, beaucoup de fierté de voir :

  • des députés noirs :  Jean-Baptiste Belley, Victor Mazuline.

  • la beauté dans l’humanité

Pour finir, je dirais que l’audioguide avec les commentaires de Lilian Thuram et Adb Al Malik est INDISPENSABLE. Il permet de ne pas seulement venir voir des Noirs dans l’art mais leurs commentaires permettent de s’interroger. Avoir l’audioguide m’a fait énormément de bien. Je ne me retrouvais pas seule à me demander si cela ne touchait que moi. Les commentaires de Lilian Thuram et Abd Al Malik permettaient la critique, la colère, le scepticisme, la remise en question.

A mon humble avis, je ne conseille pas l’expo avec des enfants, âge à déterminer selon chacun. De mon côté, j’ai encore du mal à accepter de montrer à mon fils des choses qui peuvent lui laisser penser que les Noirs n’étaient que ça avant : des choses, des corps, des esclaves… malgré mes explications. Il faut de la maturité pour ne pas être trop marqué, pour ne pas se sentir rabaissé, blessé par certains tableaux. Il faut comprendre l’Histoire, le contexte, la période et puis il faut être patient si on a envie de tout lire. Me concernant j’ai presque tout lu. Je n’ai pas pu tout lire car l’expo fermait, à mon grand désespoir, j’y suis allée en début d’après-midi sans penser que ça prendrait autant de temps.

Et vous ? Avez-vous vu l’expo ? Qu’en avez-vous pensé ?

 

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