De l’esclavage au « Black Power » à travers le monde…

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4ème de couverture

« Sur les côtes de l’Afrique, certaines mères se battirent farouchement pour sauver leurs enfants des négriers (…) On connaît le nom de certains navires où des Noirs enchaînés réussirent à se hisser hors des cales et combattirent à mains nues contre un adversaire armé de couteaux et de fusils. SUr les plantations certains parents luttèrent, volèrent, se sacrifièrent et moururent pour leur famille. (…) Enfin on a vu des pères, des mères et leurs enfants affronter des gourdins, des fusils, des aiguillons électriques et une foule hargneuse non pour conquérir des terres, mais pour acquérir seulement le droit de vivre comme des êtres humains. Le Noir eut beau être battu, écrasé, brutalisé, jamais il n’a abandonné la lutte. Il est la preuve vivante que la vie est plus forte que la mort. »

Martin Luther King

Mon avis

 

Lorsque j’ai décidé d’ouvrir ce blog, il était évident pour moi que je parlerai d’esclavage. Aujourd’jui, quand je tombe sur un livre traitant ce sujet, j’ai toujours ces petites interrogations qui me viennent : « A quel âge est-il nécessaire ? utile ? indispensable ? convenable ? de parler de cette partie de l’Histoire à nos enfants ? Avec quels mots ? Dans quel but, quelle finalité ? Et après ? Que faire pour re-dynamiser leur estime de soi ? Comment leur donner une autre image de l’Afrique que celle qui nous agresse visuellement chaque jour ? » Je n’ai pas vraiment trouvé MA réponse, mais il y en a une qui s’impose à moi : Avant que cette histoire ne leur soit contée par d’autres, dans leurs termes, à leur convenance… vers 10 ans.

Alors en attendant que mon fils atteigne cet âge fatidique (même si nous en avons déjà discuté) je suis preneuse de tout livre, ouvrage, album traitant correctement le sujet et me permettant de l’aborder avec mon fils, de répondre à ses questions ou de rétablir une vérité qui lui aurait été cachée.

J’ai donc été contactée par l’auteure de De l’esclavage au « Black Power » à travers le monde…, Aude Béliveau, pour me proposer son ouvrage et en faire la critique sur mon blog. J’en ai été ravie. Lorsque je l’ai ouvert ma première impression fut bonne et elle l’est toujours.

Cet ouvrage didactique se présente sous la forme d’un livre souple dans un papier de qualité faisant penser à un carnet de notes. La façon dont il est organisé renforce cette impression. Des citations ici et là, des images, des photos, des dates. Je le trouve très accessible à qui voudrait avoir un bref aperçu de l’histoire de la traite négrière et de l’esclavage entre l’Afrique, l’Europe, les Etats-Unis et les Antilles. Bien évidemment, il ne couvre pas la totalité de l’histoire étant donné que celle-ci commence avec l’esclavage dans le monde arabe. Il se concentre plus sur la traite transatlantique.

Le fait que l’ouvrage soit court a des avantages et des inconvénients. D’un côté, il nous donne l’impression que certains sujets manquent d’informations, d’approfondissements. Et d’un autre côté, il permet de ne pas être écrasé par la lourdeur d’un ouvrage historique et laisse au lecteur la possibilité, l’envie de continuer à s’informer sur la partie qui l’intéressera le plus.

De ce fait, ce livre me semble adapté à des enfants à partir de 10 ans car les textes sont simples, on y trouve beaucoup de références, de rappels historiques, de dates et de noms importants. Mais il est organisé de telle manière qu’il est facile de les mémoriser. Etant donné que la moindre référence de l’histoire de l’esclavage mériterait qu’on s’y attarde plus longuement, cet ouvrage est une bonne première approche.

Les illustrations sont simples mais très belles et touchantes sur fond jaune-ocre rappelant tantôt la terre africaine et tantôt des parchemins. La présence de photos témoignent de la réalité palpable, sensible, visible, incontestable et accablante de ce triste passé. L’envie nous prend de nous rendre sur ces lieux.

Pour finir, je vais reprendre deux citations que l’on trouve dans l’ouvrage et qui m’ont beaucoup touchée :

« En fait, la vérité quant à l’homme noir en tant qu’entité historique et en tant qu’être humain lui a été cachée délibérément, cruellement. La puissance du monde blanc est menacée à chaque fois qu’un Noir refuse d’accepter les définitions imposées par le monde blanc. Aussi aucun effort n’est épargné pour humilier ce Noir et ceci est aussi vrai aujourd’hui qu’hier. »

James Baldwin

Et demain ?

« Tant que nous détestions l’Afrique, nous nous détestions nous-mêmes. Tant que nous détestions les prétendus caractéristiques africaines, nous détestions notre propre aspect. Et vous m’appelez le prédicateur de la haine. Mais c’est vous qui avez appris au monde à haïr une race toute entière et, maintenant, vous avez l’audace de nous reprocher de vous détester pour la simple raison que nous n’aimons pas la corde que vous avez mis à notre cou. »

Malcom X

Dans l’ouvrage, il est fait mention des différentes (tentatives de) réparations, d’excuses qui ont été faites jusqu’à aujourd’hui. Je n’ai pu m’empêcher de penser qu’aucune stèle, statue, ni excuse verbale ne saura réparer la décimation de populations entières, de lignées de familles entières, l’appauvrissement sévère, durable et résistant d’une catégorie de population où qu’elle se trouve sur les cinq continents, la perte d’identité, l’implantation de croyances mentales négatives enracinées au plus profond des gènes de ces populations à tel point qu’elles perdurent de siècle en siècle… Lorsque l’esclavage prit fin officiellement, c’est un tout autre système officieux qui le remplaça sous d’autres formes. L’Afrique et les populations africaines éparpillées un peu partout à travers le monde durent repartir de zéro tout en nageant la tête maintenue sous l’eau…

Alors qu’il serait tellement plus plaisant (pour nous et nos enfants) de parler d’avantage des grands hommes et femmes noir(e)s de ce monde, le devoir de mémoire est (malheureusement ?) indispensable afin que l’on ne puisse pas laisser dire :

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire ».

Nicolas Sarkozy, Discours de Dakar, 26 juillet 2007.

« Non la France n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord. »

François Fillon, Discours à Sablé-sur-Sarthe, 28 août 2016.

NB: Lu dans le cadre d’un service presse. Merci pour cet ouvrage !
Pour quel public ? A partir de 10 ans
 
Où ai-je trouvé ce livre ? Vous pouvez vous procurer le livre sur le site des éditions Touches d’encre
 
Je vous conseille aussi : Pour approfondir le sujet, je vous conseille de vous procurer le manuel pédagogique ainsi que les cahiers d’activités « L’histoire de l’Afrique et de sa diaspora de la préhistoire à nos jours » de Jahlyssa Sekhmet.
 

Auteur : Aude Béliveau
 
Illustrateur :  Lucien
 
 
Prix : 10€

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