Americanah

♥ Coup de coeur ♥

Chimamanda-Ngozi-Adichie-Americanah

Résumé
« En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. »
Ifemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Jeune et inexpérimentée, elle laisse derrière elle son grand amour Obinze, éternel admirateur de l’Amérique, qui compte bien la rejoindre. Mais comment rester soi lorsqu’on change de continent, lorsque soudainement la couleur de votre peau prend un sens et une importance que vous ne lui aviez jamais donnés ? Pendant quinze ans, Ifemelu tentera de trouver sa place aux Etats-Unis, un pays profondément marqué par le racisme et la discrimination. De défaites en réussites, elle trace son chemin, pour finir par revenir sur ses pas, jusque chez elle, au Nigeria.
A la fois drôle et grave, doux mélange de lumière et d’ombre, Americanah est une magnifique histoire d’amour, de soi d’abord mais également des autres, ou d’un autre. De son ton irrévérencieux, Chimamanda Ngozi Adichie fait valser le politiquement correct et les clichés sur la race ou le statut d’immigrant, et parcourt trois continents d’un pas vif et puissant.
 

Mon avis
Au départ, je comptais dédier ce blog à la littérature pour enfant. Néanmoins, je me suis laissée la possibilité d’écrire des articles sur bien d’autres choses : ce qu’on pouvait trouver comme jouet dans lesquels nos enfants pouvaient s’identifier, les évènements liés à la culture afro-caribéenne et dans la catégorie « Pour quel public » pour vous aider à trouver des livres en fonction de l’âge de vos enfants, j’ai créé une sous-catégorie « Adulte ». J’ai souhaité me laisser la possibilité de présenter également des livres que j’aurais lus moi si ceux-ci m’avaient vraiment plu et si je pensais qu’ils pourraient également intéresser d’autres personnes.
 
Pour les adultes, le problème est autre. Evidemment, nous ne manquons pas de livres (romans, autobiographies, biographies, documentaires historiques, etc…) relatifs à la culture afro mais encore faut-il savoir où chercher, qui lire, ce qui nous plairait etc.
 
J’ai lu un certain nombre de livres au sujet de l’esclavage aux Antilles, en Amérique. Cela a dû être une initiative personnelle vu le peu de choses que l’on nous apprend à l’école à ce sujet. Sujet qui pourtant fait entièrement partie de l’Histoire de la France. Mais voilà, c’est un « événement » dont on n’aime pas parler visiblement. Et quand, en tant que noire, on a grandi en sachant tout sur la Seconde Guerre Mondiale et la Shoah et rien sur le génocide africain qu’a été l’esclavage, sur ses origines (celles de l’esclavage et mes origines ethniques), son île d’origine ou le pays de ses ancêtres, et bien quand on devient adulte, qu’on a l’âge et l’émancipation intellectuelle suffisante pour se rendre compte qu’on peut lire autre chose que ce que la grande majorité des gens appellent « les classiques » (qui font de vous des personnes incultes et dépourvues de « culture générale » si vous ne les avez pas lus), et bien on fait le choix de s’intéresser de plus près à ce qui nous concerne plus, à ce qui nous touche plus.
 
Il est arrivé un moment où j’ai souhaité lire des choses plus gaies que l’esclavage. J’ai voulu lire des romans d’amour dans lesquels je pouvais me retrouver, comme pour les enfants dans la littérature jeunesse. J’ai ressenti le besoin de pouvoir m’identifier aux personnages des livres que que je lisais, d’y retrouver des objets, des lieux, des expressions, des saveurs, des odeurs, des sentiments que je connaissais.
 
Un jour sur internet, je suis tombée sur le discours de l’auteure nigériane Chimamanda Ngozi Adichie : « The danger of a single story » (Le danger d’une histoire unique). J’ai trouvé son discours terriblement poignant. Je me suis même empressée d’aller m’excuser auprès d’un ami nigérian à qui j’avais dit quelques jours plus tôt que ce devait être dangereux de vivre au Nigéria. Stupide fille ! Je viens moi-même d’une des banlieues les plus dangereuses de France et je suis originaire d’une des îles françaises réputées pour être même plus dangereuse que Marseille ou la Corse. J’ai vécu 24 ans dans cette banlieue et depuis mon plus jeune âge je retourne souvent sur mon île et jusqu’à aujourd’hui il ne m’est rien arrivé ! Donc j’étais bien placée pour savoir que l’image qu’on donne d’une personne ou d’un endroit n’est pas forcément la réalité. Ou en tous les cas, cette version de « l’histoire »  que nous donnent certains (souvent les médias) ne fait pas à elle seule toute l’histoire.
 
Donc je suis tombée sur cette vidéo et j’en ai parlé à une amie rwandaise. Quelques semaines plus tard, cette même amie m’envoie un SMS pour me dire de regarder l’émission « La grande librairie » (lgl) sur France 5 car Chimamanda Ngozie Adichie y présente son livre : « Americanah ». L’histoire m’a plu tout de suite ! C’était le genre de livre que je cherchais, j’allais l’acheter c’est sûr ! J’ai mis du temps à l’acheter car entre temps je lisais autre chose mais en cette fin d’année 2015 je l’ai enfin acheté et lu. Je l’ai terminé aujourd’hui.
 
Je ne suis pas bien vieille donc je pense que j’aurais encore le loisir de lire encore beaucoup de romans mais je suis à peu près sûre de ne pas me tromper si je dis que Americanah restera le meilleur roman que j’ai lu. Ce mélange de vies et d’histoires d’amour entre le Nigéria, l’Angleterre et les Etats-Unis avec les questionnements raciaux, ethniques, culturels que cela soulève… Alors que je suis française, d’origine guadeloupéenne, née en France et que je n’ai jamais vécu ni en Angleterre, ni aux Etats-Unis, ni nulle part en Afrique, je suis totalement rentrée dans le personnage d’Ifemelu, la protagoniste. Tous les faits dont elle parle qui sont en rapport avec « la race » (dans le livre elle parle de « race ») je pense que beaucoup de femmes et d’hommes noir(e)s les ont un jour expérimentés. Elle parle de son salon de coiffure comme s’il s’agissait de Château d’eau, des difficultés que rencontrent les couples mixtes comme beaucoup en ont rencontré… Et son grand amour Obinze… Je suis sûre que nous avons toutes et tous eu un jour un Obinze dans notre vie ou une Ifemelu. Peut-être même cette personne est-elle encore dans votre vie actuellement…
 
Je ne saurai que vous conseiller vivement de lire Americanah. Parce que l’histoire d’amour est forte, parce que l’exubérance des nigérians décrite dans ce livre est drôle, touchante et triste à la fois et parce que l’auteure arrive à nous parler de « race » sans que ça ne nous offusque réellement.
 
Je pense que même les personnes non-noires pourraient aimer ce roman. Nous autre noirs avons bien lu Le rouge et le noir de Stendhal , Les confessions de Jean-Jacques Rousseau et autres « classiques » alors pourquoi ne pas venir découvrir notre univers à votre tour ?
 
Comme dit Chimamanda « la littérature peut changer les choses »…
 

 

Le danger d’une histoire unique.


 

Auteur : Chimamanda Ngozi Adichie

Editeur : Gallimard

Date de parution : février 2015

Prix : 24,50€

2 réflexions sur “Americanah

  1. Je confirme : je suis blanche et j’ai beaucoup aimé ce livre! Pas trop pour l’histoire d’amour…mais pour le regard et la voix d’Ifemelu sur l’expérience du racisme ordinaire et sur les rapports sociaux de race (une fois qu’on admet que le terme est utilisé dans le monde anglo-saxon). Heureusement, la littérature permet aussi de s’identifier à des personnages qui ne nous ressemblent pas forcément, mais qui nous touchent.

    • Nathalie, merci beaucoup pour ce commentaire que j’approuve à 100% ! Je suis contente d’avoir l’avis d’une blanche sur ce livre et de savoir qu’il vous a touchée. Moi également. Et je suis aussi d’accord avec vous sur le terme « race ». Il ne pose pas problème dans le monde anglo-saxon. Merci beaucoup pour votre commentaire et pour l’intérêt que vous portez à mon blog.

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